LES ÉCRIVAINS DAUPHINOIS, par Marcel FAKHOURY
---------------Que tu sois riche ou prolétaire
Je connais un cercle privé
Un petit salon littéraire
Où le lyrisme est cultivé
Si tu veux taquiner la muse
Ou fredonner de gais refrains
Tu peux venir si ça t'amuse
Nous déclamer quelques quatrains
Ami conteur, ami poète
Que tu sois Corse ou Viennois
Viens avec nous faire la fête
Chez les écrivains dauphinois
Cette société savante
Est le joyau des érudits
Qui content d'une voix vaillante
Des récits souvent inédits
On y donne des conférences
D'une très haute qualité
Où l'on insère en références
L'humour et la subtilité
C'est là que va ma préférence
Dans ce cercle sans vanité
Où résident en permanence
L'amour et la fraternité
Où l'orateur sait vous séduire
Avec sa foi et son ardeur
"Il faut bien faire et laisser dire"
Clamait jadis un vieux penseur
"Avoir du doigté et du coffre"
C'est le rôle prééminent
Du populaire Raymond Joffre
Notre honorable président
Sans oublier la secrétaire
Lisette au chaleureux accueil
Dont le sourire légendaire
Représente tout un recueil
Puis celles qui toute l'année
Prêtent la main discrètement
Colette, Elisabeth, Renée
Qui nous suivent fidèlement
Quant au chargé de la finance
Votre très humble serviteur
C'est grâce à votre bienveillance
Qu'il administre avec ferveur
Nous avons créé cette prose
Sur un petit air anodin
Pour montrer qu'on n'est pas morose
Qu'on a tous un côté badin
En amateurs velléitaires
Nous avons poussé le refrain
Pour ouïr nos sociétaires
Chanter le dernier quatrain
Ami conteur, ami poète
Que tu sois Corse ou Viennois
Viens avec nous faire la fête
Chez les écrivains dauphinois
LA MER, par Annette CHEDAL-ANGLAY
---------------------------------
La mer est une amie, espiègle et enjouée
Sous le ciel confondu où son grisant rouleau
Etourdit le planchiste, enivre le bateau
Et s'échoue sur la plage où sa vague est louée
Mais aussi la maîtresse, ondoyante et rouée
Qui, par les nuits sans lune, engloutit le vaisseau
Près du récif amer, où fléchit le radeau
Et le fier capitaine, épris et bafoué
La diva fascinante, élevant sans pudeur
Une gloria prenant, sur l'esprit du pêcheur
Lorsque son oeil inquiet, la scrute et la soupèse
Car sa voix rugissante, aux accents de félin
Dans un long requiem, au bord de la falaise
Brise à chaque ouragan, la veuve et l'orphelin
PRENDS MOI, par Gilbert BARUSSAUD
---------------------------------
Prends moi dans tes yeux
Enfouis-moi dans tes rêves
Fais-moi vivre à l'intérieur de toi
Au plus intime de ton âme
En des lieux du dedans
Où les autres ne vont pas.
Fais comme si je te suivais à mon insu
Je n'aurais d'existence secrète
Que par ton amour enfermé dans ses songes.
Donne consistance à la légèreté de mon être
Saisis-le dans son au-delà
Dans cette fumée à témoigner
Bien plus que de pauvres cendres
De cet élan qui l'aura brûlé
QUAND LES HIBOUX CHANTAIENT LES VÊPRES, par Annette DESCHAMPS
-----------------------------
J'aimais par-dessus tout lorsque j'étais enfant
Dormir chez ma grand-mère, m'éveiller de bonne heure
Dans le vieux lit de fer, sous l'édredon à fleurs
Ecouter les rumeurs et les bruits rassurants:
La fontaine qui murmure au bas de la maison
La bouilloire qui susurre doucement sa chanson
Le chant enroué d'un coq dans une ferme au loin
Le bruit des seaux d'eau plein qu'on pose sur les pierres
Le tic-tac de l'horloge, le patois des commères
Qui descendent au lavoir, le battoir à la main...
SI J'ÉTAIS, par Roger PENELON
-----------------------------
Si j'étais un ruisseau, toi, tu serais mon chant.
Si j'étais sans un vers, tu deviendrais ma prose.
Si j'étais un jardin, lors, tu serais ma rose.
Si j'étais le soleil, tu serais mon couchant.
Si j'étais une larme, voudrais-tu, la séchant,
Si j'étais un chagrin, me rendre moins morose ?
Si j'étais l'Esterel, tu serais laurier rose.
Si j'étais l'ancolie, aurai-je ton penchant ?
Si j'étais une main, tu serais mes caresses.
Si j'étais un bon vin, tu serais mes ivresses.
Si j'étais un cristal, tu serais mon diamant.
Si j'étais un bateau, toi, tu serais la voie
Si j'étais un marin, je serais ton étoile
Car, dans les ris, là-haut, le vent est ton amant